A.N.A

05 avril 2009

A.N.A.

A.N.A.

Avec Nos Aînées

Résidence pour femmes en fin d’activité prostitutionnelle

Analyse du contexte

Qui sont-elles ces Femmes entre 60 et plus de 80 ans ? Nous les voyons encore et toujours sur le trottoir, depuis 30 ou 40 ans.

Vous penserez : « Pourquoi sont-elles toujours là ? »

Pour ce qui me concerne, le problème est tout autre : je dirais plutôt « Que deviennent-elles ? Et que vont-elles devenir ? »

Il est vrai que jamais personne ne s’en est vraiment occupé, ni préoccupé. Il n’y a rien, pas d’écrits, pas de documentation, rien… Sauf les fameuses ordonnances de 1960 qui ne sont quasiment pas appliquées.

Je ne peux m’empêcher de penser à certaines d’entre elles qui ne sont plus[1].Elles nous ont quittés, oui, mais dans quelles conditions ?

Et maintenant, que faire pour celles qui sont encore toujours présentes, discrètes et silencieuses, voile de pudeur et de dignité, celles qui ne demandent jamais rien ?

Ces femmes ont chacune un parcours différent. Elles ont été marginalisées depuis si longtemps, mises en marge de fait, vivant hors du Droit commun, qu’elles sont évidemment devenues marginales, contre leur gré… Alors pour leurs « vieux jours », aucune maison de retraite classique, aucune infrastructure actuelle ne saurait leur convenir. Il est enfin temps de leur donner les moyens de mener une vie plus classique que celle qui a été la leur, en leur permettant justement, de relever du Droit commun.

Pour l’instant elles ne possèdent plus que leur liberté, lourde et rude, rarement joyeuse. Et ce n’est pas un hasard si elles sont toujours sur le trottoir : la vie ne leur laisse pas d’autre alternative.

Et pourtant au Bois de Boulogne ou de Vincennes, ou dans les rues de Paris, les nuits sont froides et de moins en moins sûres. Les clients se font rares, il faut donc baisser les tarifs au minimum, et accepter quelquefois des rapports non protégés qui sont exigés. Il faut subsister, elles acceptent donc des conditions autrefois impensables.

Pour certaines, elles sont atteintes de pathologies liées à leur âge avancé, maladies osseuses etc., et d’autres, de maladies telles le cancer, le diabète etc. Et quelquefois c’est le chemin de la déchéance, de la clochardisation, de l’alcoolisme, l’abandon total …

Mais la plus douloureuse des maladies, c’est bien la solitude insidieuse, sournoise, qui s’installe peu à peu, et l’on voit de coin en coin ces femmes isolées. Car malgré tout, c’est bien toujours sur le trottoir que l’on va avoir l’impression de se sentir moins seule : un vieux client qui offre un verre au bar le plus proche, une vieille copine avec laquelle on peut encore bavarder un peu…

Pourquoi ces femmes sont-elles toujours sur le bitume ?

Certaines ont un ami, un amour, et puis le compagnon – marginal lui aussi, est « tombé » en prison, souvent pour de lourdes peines. Quelquefois 15 à 20 ans de placard, et elles sont restées à l’attendre, à les « assister » en prison. Elles ont travaillé, mettant de l’argent à gauche, ou achetant un petit commerce au nom du compagnon, et attendant la sortie du bien-aimé. Elles croyaient l’enfer terminé, et en fait le gentil compagnon à sa sortie raflait tout le magot, se faisant la malle avec une jeunesse – qu’il épousait, bien souvent. Et l’on voyait revenir ces femmes, avec 20 ans de plus sur leur visage, et qui tentaient de se refaire – mais on ne se refait jamais d’un coup pareil

D’autres ont travaillé tout aussi longtemps dans l’espoir de se retirer un jour, et de refaire une autre vie, mais le fisc leur est tombé dessus, leur a tout pris, en se basant sur le « train de vie », les signes extérieurs de richesse, mais jamais un redressement indiquant nommément une imposition sur le revenu professionnel de la prostitution… Oui, imposées sur le train de vie, souvent à la tête de la cliente. Alors ayant tout perdu, elles se résignent à retourner sur le trottoir, et s’y trouvent encore.

Des exemples de ce genre, il y en a des dizaines.

Il y a aussi toutes les autres qui n’ont pas jugé utile de mettre de l’argent de côté – on ne voit pas le temps passer : je sais, j’appartiens à cette catégorie.

Cela pourrait sembler être de la littérature, c’est pourtant la réalité.

Comment peut-on tolérer dans une société dite avancée, que des femmes âgées, et / ou malades, soient dans l’obligation de continuer à se prostituer ? Cela rejoint quelque part l’esclavage.

Etant donné le manque de revenus, ou la modicité de ce qu’elles perçoivent, où peuvent-elles atterrir, sinon dans des hôtels minables et insalubres, pis encore, à l’hospice ? Et comme on le sait, dans des conditions physiques, morales et mentales qui sont déplorables.

Définition des objectifs

Amélioration des conditions de vie grâce à

1/ un véritable chez elles

2/ un bon encouragement, une infrastructure solide pour l’écoute, l’accompagnement quel qu’il soit – et jusqu’au bout du voyage… Donc rupture de la solitude, restitution de la dignité.

3/ une prise en charge totale pour établir un véritable bilan de santé, un réel suivi tant sur le plan physique que moral.

Deux objectifs à mettre en place

Rechercher, avec l’aide des partenaires, une quinzaine de chambres.

L’idéal reste un immeuble entier, voué à la réhabilitation ou fermé depuis de longues années pour des problèmes de salubrité, d’indivision ou de déshérence. Ce qui suppose un investissement en matière de travaux et d’aménagement de l’espace.

On proposera aux «candidates» une superficie de studio, soit environ 20 m², aux normes des maisons de retraite classiques, avec salle d’eau, WC, cuisine à l’américaine, petit dressing.

Au rez-de-chaussée de l’immeuble, un bureau d’accueil tenu par les salariés de l’association, un salon assez vaste, un coin bistrot à l’ancienne, pour partager un thé avec les copines, et une superficie dévolue à des projections de films, espace télé, ateliers de couture ou autres, des mini-spectacles mensuels, et une petite bibliothèque.

Engager une accueillante issue de la communauté, permettant ainsi de réinsérer des femmes désireuses de quitter la prostitution.

Bien évidemment dans un premier temps le personnel sur place sera limité à deux personnes de terrain.

Pour ce qui concerne le suivi de santé, des professionnels de santé, médecins généralistes, spécialistes, et psychologue, se sont déjà spontanément proposés pour accueillir les résidentes dans le cadre de leur propre structure.

Financement par les personnes résidentes

Chaque hôte de la résidence versera un loyer en fonction de ses revenus et de l’APL, démarchée auprès de la CAF à l’aide des conseils de l’assistant social qui nous accompagne déjà.

Règlement intérieur

Les locataires restent libres et indépendantes de tous leurs mouvements – à l’intérieur des lieux comme à l’extérieur.

Pour celles qui possèdent un compagnon à quatre pattes ou des oiseaux, il est essentiel qu’elles les gardent avec elles, elles s’en occuperont ‑ sauf en cas de problème majeur, auquel cas il y aura forcément des personnes de la communauté qui les aideront. On connaît l’attachement tout particulier de ces femmes marginalisées aux chiens, chats, oiseaux, compagnie indéfectible de leur solitude. Il est essentiel de ne pas créer de rupture.

Elles pourront également apporter des meubles personnels.

Seul interdit : aucune visite ne sera autorisée en dehors du salon, qui sera le lieu d’accueil général. Les visites familiales ou autres se font de jour, jamais de nuit – il faut ainsi éviter le risque minime soit, mais on ne sait jamais, que la tentation vienne de faire monter un client de temps à autre… et faire savoir dès les premières rencontres avec les candidates, qu’on sera très ferme à ce sujet.

Pour ce qui concerne l’entretien des studios, il sera pris en charge entièrement par leurs habitantes, sauf en cas d’impossibilité physique, auquel cas la personne engagée pour l’entretien des lieux – salon, escaliers, poubelles, etc., s’en occupera ponctuellement.

Partenariats envisagés

DASS de Paris

Mairie de Paris

Mairie de l’arrondissement concerné

Centre Moulin Joly – Centre Croix Rouge (qui nous accueille déjà)

Conseil Régional

Personnes physiques indépendantes, artistes, etc.

Financeurs envisagés

DASS

Mairie de Paris

Mairie d’arrondissement

ELCS

Sidaction

Archevêché de Paris

Anciennes prostituées possédantes

Sponsors démarchés par l’équipe

Évaluation du projet

Coût du projet

Compte tenu de l’apport des loyers par les personnes résidantes, ce projet ne coûtera pas très cher à moyen terme.

La réhabilitation d’un ancien hôtel ou d’un vieil immeuble non occupé, qui ne rapporte rien et reste une charge pour son propriétaire en matière d’entretien et de taxes foncières et d’habitation, sera dans un premier temps une source de dépenses, mais on doit la considérer comme un investissement, puisque ce sera une remise en valeur immobilière.

Dépenses

Rénovation de l’immeuble dans son entièreté, mise en conformité avec les règles de sécurité.

Aménagement des studios.

Installation d’un interphone-digicode

Aménagement du rez-de-chaussée, bureau, salon, et toilettes.

Fonctionnement général

Masse salariale : un chef de projet et directrice des lieux à temps plein

Une personne chargée des relations extérieures à temps plein

Une accueillante à temps plein, pour maintenir la permanence d’accueil

Une femme ou un homme de ménage à mi-temps

Un ou une comptable à 1/5 de temps

Rentrées hors financeurs

Les loyers des résidentes

Les dons de personnes sympathisantes

Organisation de spectacles avec des célébrités dans des salles parisiennes

Les assistants sociaux qui sont déjà à nos côtés guideront les résidentes dans leurs différentes démarches, obtention du Fonds National de Solidarité, ouverture aux droits médicaux via la CMU, APL.

La réalisation de ce projet permettra de mettre fin à des situations de misère et donnera à ces femmes les moyens légaux de devenir des citoyennes à part entière. Après tout, nous serons enfin dans la droite ligne des Ordonnances de 1960, qui sont censées aider les femmes de la prostitution à redevenir des personnes « comme les autres », dès lors qu’elles en expriment l’envie ou le besoin.

Gabrielle Partenza

Présidente de l’A.N.A. Avec Nos Aînées, Association loi 1901

Tel. : 01 46 71 44 63 - 06 19 48 01 88

Courriel : gabrielle.partenza@orange.fr


 

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